A qui profite l’exportation de l’huile d’olive tunisienne ?

Article rédigé par Zied Ahmed, Agroéconomiste 

Les olives tunisiennes sont produites majoritairement par des petits agriculteurs. 72% de nos exploitations oléicoles ne dépassent pas les 10 hectares et 46% sont inférieures à 5 hectares. Ces petites superficies contribuent à une bonne partie de la production nationale d’huile d’olive qui fluctue entre 90 000 et 200 000 tonnes par an avec des pics exceptionnels comme ceux des années 1996 et 2017 où elle a atteint les 300 000 tonnes (voir infographie suivante : https://latunisieagricole.wordpress.com/2017/11/05/quelques-chiffres-sur-loleiculture-tunisienne/).

Ces petits producteurs, bien qu’ils produisent la majorité de l’huile d’olive tunisienne, ne profitent pas des revenus juteux que procure l’exportation de ce produit.

Comme tout le monde le sait, l’exportation de l’huile d’olive se fait à plus de 90% par des entreprises privées et ce depuis la libéralisation du marché et la limitation du rôle de l’Office National de l’Huile qui monopolisait, avant, la commercialisation de ce produit tout en sécurisant le revenu des agriculteurs et en instaurant un système de paiement à la qualité.

Les entreprises privées s’approvisionnent sur le marché national de deux façons : soit en achetant les olives sur pieds ou dans les marchés des différents gouvernorats, soit en achetant de l’huile directement chez les huileries des quatre coins de la Tunisie. Ainsi, ces entreprises minimisent le risque lié à la production et à la transformation de ce produit fragile et négocient des prix bas garantissant des marges de revente plus intéressantes pour elles.

Bénéficiant d’un dispositif national d’incitation à l’exportation, ces entreprises accaparent toute la valeur ajoutée de l’huile d’olive tunisienne et sont les seules qui s’enrichissent si le prix de l’huile d’olive augmente sur le marché international.

Par ailleurs, il faut souligner que depuis 2010 un nouveau type d’exportateur émerge sur la scène nationale. Des exportateurs qui possèdent eux même des exploitations oléicoles et qui se positionnent sur un marché de niche à l’exportation. Ces producteurs-exportateurs maitrisent toute la chaine de production d’une huile d’olive de qualité qui reflète les particularités d’un territoire, d’une variété et d’un savoir-faire. Ces exportateurs ont été récompensés à plusieurs reprises dans des manifestations internationales (lire l’article suivant : http://jusdolive.fr/plus-de-20-medailles-dor-a-linternational-en-2018-pour-lhuile-dolive-tunisienne/)

Quelle solution pour nos agriculteurs ?

La solution idéale consiste à organiser les producteurs en coopérative agricole qui commercialiserait l’huile d’olive de ses adhérents et redistribuerait les bénéfices entre eux. Il ne s’agit pas d’une utopie mais d’un rêve tout à fait réalisable si ces conditions/éléments sont respectés :

  • Une volonté administrative et politique nationale pour imposer les coopératives de producteurs comme acteur économique dans cette filière : les administrations nationales doivent croire en cette orientation stratégique qui aura des répercussions sur la gouvernance et l’économie des territoires ruraux et arrêter de penser que seul les privés sont capables d’exporter
  • Un accompagnement adapté à ces organisations de producteurs : se lancer dans une opération d’exportation nécessite la connaissance de plusieurs dispositifs juridiques, administratifs et financiers, une maitrise de la qualité de l’huile d’olive et une organisation rigoureuse. Les OP tunisiennes n’ont pas les capacités humaines et financières pour accomplir ce genre de mission.
  • L’existence d’un projet de commercialisation concret pour inciter les coopératives : la Tunisie bénéficie d’un quota d’exportation d’huile d’olive vers l’Union Européenne. Il pourrait être intéressant de réserver 1000 tonnes, comme premier pas, pour les coopératives agricoles afin de les inciter à exporter leur production.
  • Appuyer les initiatives existantes : certaines organisations de producteurs émergentes tentent de se positionner sur cette filière concurrentielle. Tel est le cas de la coopérative de Teboursok (Béja), la coopérative « Al Intilaka » (Zarzis, Médenine) et la coopérative «Al Najah » de Béni Khédache. Il serait bien de commencer un projet d’exportation de l’huile d’olive en s’appuyant sur ces initiatives pour qu’elles puissent servir d’exemples pour les autres coopératives tunisiennes.

 

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